Les roux: discrimination tolérée?

Si toi aussi tu vas, ou viens de voir La La Land, chef-d’œuvre de Damien Chazelle mettant en scène la sublime Emma Stone qui nous fait tant rêver, et que tu te demandes pourquoi roux et rousses demeurent les victimes d’une opprobre non méritée, cet article est pour toi.

Laisse-nous t’éclairer sur ce sujet, qui suscite bien du cou-roux.

Nos doux amis les poils de carotte sont bien malmenés par ces satanés roucistes qui ne manquent pas de les informer de leur prétendue absence d’âme ou de leur fumet soi-disant nauséabond.

Ainsi souffrent-ils de nombreux quolibets et idées reçues, qui, sous couvert d’humour, révèlent souvent un malaise et un préjugé ancestral sur cette singularité biologique. Dès l’Antiquité les roux furent considérés comme des suppôts du Diable ou bien des sorciers (bon, adjugé pour Ron et Hermione…). Aussi firent-ils l’objet des rumeurs les plus diverses sur le vice ou la traitrîse. Ne dit-on pas que Judas était roux ?

Notre belle littérature s’est aussi adonnée à l’exercice, comme en témoignent ce gredin de Vautrin (Balzac), qualifié de « roux ardent », ou bien encore Nana (Zola), cette prostituée qui vire au roux quand elle s’adonne au vice.

Plus récemment, nous avons tous vu passer cette vidéo « Ginger do have souls », que même South Park a parodiée. Cette violence se cristallisera d’ailleurs par la dextérité par laquelle Negan exterminera ce brave Abraham dans The Walking Dead, à l’aide de sa tendre batte Lucille.

 Sur quel fondement juridique pourrait-on attaquer le roucisme ?

Il existe en France un principe de droit, nommé principe d’égalité. Il est si important qu’il figure à l’article premier de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen (1789). Le Conseil Constitutionnel lui donna par ailleurs valeur constitutionnelle dans sa décision du 27 décembre 1973. Ainsi le principe d’égalité est hissé au plus haut niveau de la hiérarchie des normes en France. Certains ont voulu y voir le fondement juridique de la non-discrimination.

 Toutefois, égalité et non-discriminatinon sont-elles la même chose ?

Nop. En droit français, la discrimination est possible. Le Conseil d’Etat dans son fameux arrêt Denoyez et Chorques (24 mai 1974) l’affirma, puis le Conseil Constitutionnel dans une décision du 7 janvier 1988 le rappela.

On peut donc discriminer en droit français ! Mais pas n’importe comment. Si on discrimine, c’est donc en raison de situations différentes (la couleur des cheveux n’en étant pas une), et c’est, de plus, réservé au législateur. Cela signifie qu’il est possible qu’une loi traite de manière différente des personnes dans des situations différentes sans rupture du principe d’égalité. Ainsi par exemple, l’aménagement de places réservées pour les handicapés constitue une obligation légale.

Il faut cependant distinguer la discrimination légale de la discrimination illégale.

Ces critères de discrimination, au nombre de 22, sont listés par la Constitution (article 1) et par la loi (article 225-1 du Code pénal). Ce délit est puni par 3 ans d’emprisonnement et 45 000€ d’amende.

Cette discrimination « d’accès » et « d’exercice » peut notamment porter sur le sexe, l’âge, la nationalité ou encore l’apparence physique (excès de beauté pour Emma Watson par exemple) et donc précisément la couleur de cheveux, dans des situations tel que le refus d’accès à des biens et services, logement, stages et autres.

Il faut toutefois préciser ici qu’il est inadéquat de parler de « racisme » envers les roux. En effet, ceux-ci ne peuvent se prévaloir des articles R. 624-3 ainsi que R. 624-3 qui punissent les « propos tenus sur leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance, vraie ou supposée, à une ethnie, une nation, une race ou une religion. » Malheureusement, les roux ne répondent pas aux critères de ces textes et sont donc dans un vide juridique à ce niveau. Une blague de mauvais goût sur un roux ne rentre donc pas dans le champ pénal de répression des injures racistes. En revanche, elle entre bien dans le champ de la lourdeur.

On espère que par cet article « you now know everything, Jon Snow ». On souhaite donc tout le bonheur du monde à nos 5% d’amis roux en France (et à ceux de l’étranger aussi, big up aux Irish, nous ne sommes pas sectaires, nous), et que cesse le roucisme !

Sinon je repars chanter et danser avec Emma Stone moi.

Lawyered !

 Hugo G. Kerbib

Sources :

 Droit des libertés fondamentales, Précis, Dalloz, 6ème édition (2012)

https://www.legifrance.gouv.fr

http://www.defenseurdesdroits.fr

Un commentaire Ajoutez le votre

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *