Fifty Shades, qu’en est-il du consentement dans le SM ?

Le phénomène Fifty Shades of Grey se poursuit avec la sortie d’un deuxième épisode, « Fifty Shades Darker ». Ces films sont l’adaptation des bestsellers du même nom, qui relatent l’histoire d’amour plutôt hot entre Christian Grey et Anastasia Steele.

Mais qui eut cru que ces films divertissants pourraient avoir une influence aussi importante sur la vie sexuelle de certains couples, au point d’en inquiéter la justice ?

Tu ne nous crois pas ?

Au Royaume-Uni, la question du consentement dans les affaires sadomasochistes a donné lieu a une série de cas appelés les « Fifty Shades of Grey Cases », dans lesquels les couples s’adonnent à des pratiques sexuelles si violentes que la justice anglaise s’est demandée s’il était humainement possible de consentir à ce niveau d’atteinte à la personne physique.

Tu veux des exemples ?

R v Lock : dans cette affaire, M. Lock a attaché sa partenaire « comme un chien » et l’a fouettée quatorze fois avec une corde, laissant des séquelles sur son corps. L’homme se défendit en avouant que l’inspiration lui était venue de ce bestseller, et que sa partenaire n’avait pas utilisé le « mot de sécurité » pour lui enjoindre d’arrêter.

R v Blakemore : ici un millionnaire anglais et sa femme s’adonnaient régulièrement à ce genre de pratiques sexuelles, mais un beau jour, c’est allé trop loin. L’épouse est en effet entrée dans la chambre conjugale et a roué son mari de coups, à l’aide d’une canne. L’instrument a fini par se briser, du sang coulait sur le lit. Ils se rendirent alors dans le salon, et elle versa du vin sur les blessures de son mari (normal…), interprétant ses gémissements de douleur comme des manifestations de plaisir.
Tout comme dans la première affaire, les protagonistes ne furent pas condamnés.

D’ailleurs pour la petite anecdote, après la sortie du premier film, les vendeurs de magasins de bricolage au Royaume-Uni se virent recevoir une formation de prévention aux risques encourus par ces pratiques, du fait du nombre de personnes ayant acheté du matériel pour tenter de reproduire les pratiques du film.

Quid des pratiques sadomasochistes en France ?

Tous ceux qui sont passés par la case droit pénal (ou ceux qui se sont renseignés pour leur « culture personnelle »…) connaissent la réponse à cette interrogation : l’arrêt de la CEDH du 17 février 2005.

Pour ceux qui ne connaissent pas l’histoire, une juridiction belge avait condamné un homme pour coups et blessures sur sa femme, alors qu’ils s’adonnaient à des pratiques sadomasochistes. L’homme a alors porté l’affaire devant la CEDH se prévalant d’une atteinte à la vie privée, résultant de cette décision. La Cour va lui donner raison en incluant la vie sexuelle dans la vie privée, protégée par l’article 8 de la Convention, tout en reconnaissant paradoxalement que ces actes sont des actes de violence.

Donc dans les affaires de sadomasochisme présentées devant les juridictions françaises, le juge français se doit de rappeler que les pratiques sexuelles relèvent de la vie privée des personnes, et qu’elles ne peuvent être condamnées.

Donc bonne nouvelle pour les adeptes : pas de sanction pénale pour les pratiques sadomasochistes (attention à l’homicide involontaire tout de même) !

Loveyered !

Léa-Belle Yammine

Sources :

telegraph.co.uk – Fifty Shades court cases: a Grey area of law
bbc.com – Fifty Shades: sex-session assault accused cleared
telegraph – Tycoon a : laughing stock after GP girlfriend’s spanking session left him calling 999
CEDH – Arrêt de Chambre -K.A et A.D. c. Belgique

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