Sugar daddy : bon plan ou prostitution ?


“Hey les étudiantes ! Améliorez votre style de vie, sortez avec un sugar daddy !”

C’est ce qu’on a pu lire, en début de semaine dernière, sur la façade d’un immense camion publicitaire sillonnant les rues de Paris à proximité des universités. Cette jolie formule, riche en rimes pauvres, appelait les étudiantes à rejoindre la communauté du site Rich Meet Beautiful, plateforme de rencontre entre “sugar daddies” et “sugar babies”.

Depuis, le tollé a été général et les dénonciations nombreuses de la part des personnes publiques. Nombreux sont ceux qui y voient une incitation à la prostitution estudiantine. D’ailleurs une enquête a été ouverte pour “proxénétisme aggravé”.

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La pratique sugar daddy tombe-t-elle sous le coup de la loi ?

La sugar baby ne risque rien

D’abord, il est intéressant de noter que personne ne peut être condamné pour des faits de “prostitution. Eh ouais mon pote ! En droit français, le plus vieux métier du monde n’est pas un délit. Comme nous le rappelle Jean Carbonnier, le maître à penser de tout jeune avocat : “en dernière instance, chaque être humain a la responsabilité, non seulement de son propre bonheur, mais de sa propre moralité.” Et heureusement car franchement, se taper un vieux dégueulasse avec une haleine de 12 ans d’âge pour éviter de bouffer des pâtes jusqu’à la fin du mois, est la véritable punition.

Du coup si t’es vraiment un super coup et que tu n’as pas de scrupules à embrasser un papy, tu ne commets aucun infraction, t’es pépouze dans la légalité ton business.

Apparemment le phénomène n’est pas si récent – Lucas Cranach l’ancien, 15ème siècle

Le sugar daddy risque-t-il quelque chose ?

En revanche, ton partenaire, lui, commet une infraction, puisque depuis la loi du 13 avril 2016 le fait de recourir à la prostitution est un délit sanctionné d’une peine de 1500 euros.

Mais alors pourquoi ces sites ne sont pas condamnés  ?

Toutefois, sur ce genre de sites, à aucun moment des prestations sexuelles tarifées ne sont évoquées. Rien ne dit clairement que pour recevoir des récompenses de son oldy daddy, il faille se livrer à des pratiques sexuelles. Pas folle la guêpe ! De tels propos tomberaient sous le coup de l’article 225-5 du Code pénal. C’est l’article qui sanctionne le proxénétisme, défini comme le fait “d’aider, d’assister ou de protéger la prostitution d’autrui” ou “de tirer profit de la prostitution d’autrui”.

Par ailleurs, la plupart du temps, l’accord conclu avec ton sugar daddy ne consistera pas à avoir un coït. Ce sont souvent des arrangements tacites portant une compagnie, des dîners, des évènements mondains.

C’est cette ambiguïté qui permet aux sites et aux sugar daddy et mamas d’éviter d’être poursuivis pénalement. La nature des sites de rencontre entre sugar baby et sugar daddy baignant dans un flou juridique immense. Ils sont encore à ce jour légaux.  

En conclusion, si tu dois vraiment le faire, get the sugar daddy, be a little bitch, pompe tout leur argent. (Repense peut-être quelques secondes à ton estime personnelle). Mais clairement, fuis au moment du coït et assiste à leur procès quand tu les auras dénoncés (pense à demander des dommages et intérêts *toujours ++++ d’argent*).

Lawyered !

Par Maylis Delacroix