Ecriture inclusive : le guide pour les nul·le·s


L’écriture inclusive est clairement le feuilleton de la semaine.

Je dois avouer avoir toujours été nul en dictée. Ne plus être à l’école à l’heure de ce débat grammatical, me rend donc très heureux !
A l’origine il s’agissait d’un sujet entre des linguistes de tous bords et des vieilles personnes illustres en habit noir et or.  Mais depuis, le débat est devenu politique et juridique.

Nous ne prenons volontairement pas parti. L’idée est ici de résumer la circulaire et les propositions pour ceux qui sont perdus.

Le contexte

314 professeurs ont signé une tribune portant sur l’écriture française. Ils y affirment : « Nous n’enseignerons plus que « le masculin l’emporte sur le féminin » ».

Mais pourquoi une telle polémique ?

Une circulaire du premier ministre a été prise pour encadrer l’usage de l’écriture inclusive dans les textes officiels. Plusieurs tenants de l’écriture inclusive refusent cette mesure, qui allait pourtant en partie dans leur sens. Par exemple, la mairie de Paris a immédiatement choisi de résister à la circulaire.

Voici les principaux courants de pensée :

1. Selon les pro écriture inclusive
Ils dénoncent une règle grammaticale qui n’est « pas linguistique, mais politique ». Ainsi, ils trouvent que la langue française est machiste.

2.  Selon les pro langue classique
Ils disent de faire attention à la novlangue. Il s’agit selon eux d’une absurdité orientée. Certains parlent même de « lacération de la Joconde mais avec un couteau issu du commerce équitable ».

3. Beaucoup sont comme nous
« Heu pourquoi on parle de ça déjà ? » se disent-ils.

Ce sur quoi portait réellement la circulaire

Non, tout n’est pas banni, bien au contraire :

–          La circulaire interdit l’usage du point médianles étudiant•e•s ») dans les textes officiels. Les juristes seront heureux de ne pas apprendre à lire et écrire avec le point médian.
–          Le masculin reste considéré comme « une forme neutre ». Donc comme avant quoi.
–          Mais les noms de fonctions doivent être féminisés : « la présidente », « la maire »…
–          Et les formules inclusives sont à privilégier : par exemple, « le candidat ou la candidate ».

Le texte est donc en réalité assez ambivalent et partagé sur la question.

Lexique des différents types d’écriture inclusive proposés :

  1. La mention des termes féminins et masculins à la suite
    « Les étudiants et les étudiantes vont à leur examen »
    « Un foule, une foule » (non, là on déconne)
    Mais ça devient vite fatigant à écrire si on continue la phrase« Les étudiants et les étudiantes sont heureux et heureuses de terminer les examens ». (En revanche, là on ne déconne pas).
  1. Changer l’ordre féminin-masculin dans les phrases
    « L’égalité Femme-Homme » par exemple.
  1. L’accord de proximité
    On accorde avec le terme le plus proche : « Les passeports et les valises sont prêtes ».
    D’ailleurs, cette tournure aurait déjà été utilisé par le passé. En effet, Claude Favre de Vaugelas, membre de l’académie au 17ème siècle, écrivait : « le cœur et la bouche ouverte » ou « des travaux et des chaleurs excessives ».
  1. La proposition des matheux
    Il ne serait pas logique de dire « ils » lorsqu’il y a 100 femmes et 1 homme. Du coup, il faudrait faire en fonction de la majorité.
  1. L’utilisation du point médian.
    Enfin, nous tenons le grand gagnant de « celui qui sera le plus relou » :
    –          « tou•tes les directeur•ices sont convoqué•es ».
    –          « les étudiant•e•s sont sorti•e•s de cours ».
    Pour avoir essayé, je vous assure que ce n’est pas évident à écrire avec un clavier d’ordinateur. Pourquoi ne pas avoir fait avec des parenthèses d’ailleurs ? Par exemple: les « ami(e)s« . C’est plus logique ou c’est juste moi ?
  1. L’accord des métiers et la recherche de termes plus généraux
    Par exemple : « Monsieur le président / Madame la présidente« , ou les « droits humains » au lieu des « droits de l’Homme« .
Le fameux « habit vert » des académiciens

Une évolution dans la pratique ?

Restons cool. Et dans de nombreux cas, il est clair que l’usage du féminin au lieu du masculin, dit neutre, va simplifier la façon de parler. En réalité, des libertés étaient déjà prises par rapport à ces règles, sans jamais choquer personne. Par exemple, les médias ayant un public majoritairement féminin s’adressaient souvent à leurs « lectrices ».

Le sujet n’est pas clos. L’académie a décidé de mener une réflexion sur cette question.

Lawyered, Lawyerede 😉