Tinder : peux-tu mytho sur ton profil ?


Tinder, Adopte-un-mec, Meetic ou Mektoube… depuis plusieurs mois, tu passes tes soirées seul(e) ou entre amis à faire glisser ton doigt sur l’écran de ton portable, à la recherche de l’âme sœur. Et puis voilà, tu as craqué pour cet étudiant en école de commerce, grand brun avec de la barbe ou la petite rousse à lunettes, vendeuse chez Zara.

Vous vous parlez jour et nuit par sms, partageant vos secrets les plus intimes et pourtant, vous ne vous êtes pas encore rencontrés : seules les photos affichées sur le profil de ton/ta bien aimé(e) atteste qu’il s’agit d’un vrai humain et non pas d’un robot doté d’une intelligence artificielle.

Au bout d’un certain temps, vous arrivez enfin à fixer un rendez-vous. Problème ? L’inconnu n’a rien à voir avec les photos. Le nom donné n’est pas le bon. Il/Elle n’est pas inscrit(e) à l’université, en école de commerce, n’est pas musicien ni ne dirige Google.

Si tu es un adepte de MTV, tu te dis que seul Max et Nev auraient pu t’empêcher une telle mauvaise rencontre (ndlr : cf. l’excellente émission Catfish, fausse identité). Parce que oui, les mauvaises expériences n’arrivent pas qu’à autrui et visiblement, tu as été victime d’un « catfish » : l’amour de ta vie s’est fait(e) passé(e) pour un(e) autre sur les réseaux sociaux, utilise ses photos et s’est inventé(e) une toute nouvelle identité.

Une infraction juridique caractérisée ?

Si l’explosion et la normalisation des rencontres en ligne ont fait en sorte que le phénomène prenne de l’ampleur, la législation ne semble pas évoluer aussi rapidement. Aujourd’hui, aucune loi ni en France, ni à l’étranger ne semble clairement viser le cas où, trompé(e) par un profil en ligne, tu aimerais entamer des poursuites pénales.

Pour l’instant, au Royaume-Uni, la parlementaire travailliste Ann Cofey a récemment demandé au gouvernement de mettre à jour la législation afin de rendre le catfishing illégal. Selon elle, il faudrait créer une nouvelle incrimination permettant de sanctionner ce type d’usurpation d’identité en ligne.

Des solutions juridiques en France ?

En France, le Code Pénal a (un peu) pensé à toi : l’article 226-4-1 sanctionne l’usurpation d’identité.

Niveau définition, il s’agit du « fait d’usurper l’identité d’un tiers ou de faire usage d’une ou plusieurs données de toute nature permettant de l’identifier en vue de troubler sa tranquillité ou celle d’autrui, ou de porter atteinte à son honneur ou à sa considération ». En outre, depuis la loi LOPPSI II de 2011, l’infraction est punie même lorsqu’elle est commise sur un réseau de communication au public en ligne : eh oui, Tinder, Facebook, Myspace ou Caramail, vous êtes aussi visés.

Usurpateur prend garde, une peine d’1 an d’emprisonnement et 15 000€ d’amende plane au dessus de ta tête.

Et dans la vraie vie, ça donne quoi ?

Le premier arrêt rendu en la matière ne concerne pas une malheureuse rencontre amoureuse mais la maire du 7ème arrondissement de Paris, Rachida Dati. Bien moins glamour que ta rencontre Gleeden, un ingénieur a été poursuivi pour avoir créé un site internet en utilisant sa photographie et la charte graphique de son site officiel.

En matière de « catfish », sache qu’il n’est pas certain que toi et ton cœur brisé puissiez obtenir réparation sur le terrain de l’usurpation d’identité : seul celui qui se sera effectivement fait usurper l’identité pourra agir.

En outre, si tu espères faire jouer la responsabilité civile de celui qui faisait battre ton cœur à chaque sms, sache qu’en réalité, il est assez peu probable qu’un juge (à moins qu’il ne se soit lui-même fait briser le cœur récemment ?) accepte que ton plan drague 2.0 te verse des dommages-intérêts sur le fondement de l’article 1240 (feu 1382) du Code Civil.

Un petit espoir ?

Si en plus d’avoir fait naître des petits papillons dans ton ventre, ton amoureux/se a fait apparaître un joli découvert sur ton compte courant tu peux toujours le/la poursuivre sur le terrain de l’escroquerie.

Selon l’article 313-1 du Code Pénal, il s’agit de se faire remettre des biens ou de l’argent en trompant une personne physique ou morale par l’usage d’un faux nom, d’une fausse qualité ou l’emploi de manœuvres frauduleuses. L’escroc risque alors jusqu’à 5 ans d’emprisonnement et 375 000 euros d’amende.

Si tu t’es fait(e) frauduleusement dérobé(e), toi aussi, devant la Cour, tu pourras alors t’écrier à plein poumon « RENDS L’ARGENT ! ».

Lawyered !

Par Qoutayla HILALI


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *